Silences

Charlotte Curchod

Longtemps après votre départ, dans le théâtre de mon crâne, j’ai rejoué les scènes de nos crimes, disséquant chaque phrase, chaque mot, chaque virgule de silence. J’ai cherché le moment de bascule. Le lieu de l’incompréhension. J’ai cherché les mots pour te retrouver, te faire changer d’avis. J’ai cherché des mots pour trouer les silences. Je t’ai parlé, dans le vent, dans la nuit. J’ai jeté des mots dans l’eau, glissé des mots dans les pierres. J’ai attendu des heures. J’ai regardé les murs vidés de ta présence. Le lit tout défait de ton corps. J’ai écouté le silence de la cafetière le matin, de la boîte aux lettres. J’ai eu peur d’oublier le rythme crée par tes pas dans le couloir. J’ai écouté le silence de tes silences, et celui de tes cris. J’ai écouté le silence. J’ai écouté ton absence, et j’ai compris, que cela faisait bien plus longtemps que cela que tu t’en étais allé.

C’était bien avant la pluie.
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