Recueil de mots

Gaïa Raimbault

J’adorais la façon dont elle disait ballon, elle disait cela comme si elle soufflait des bulles. Pourtant ça n’avait pas toujours été le cas. Pendant longtemps, j’ai trouvé ça sale. C’était immonde la manière dont les mots s’accrochaient aux particules de sa bouche. Comme des syllabes qui la collaient et s’engluaient dans son être. À la différence des petits ballons, ça n’avait rien de léger ou d’aérien. Au contraire, les mots gonflaient dans ses joues comme des crapauds. Elle suffoquait, étouffée par la rondeur de chaque phrase. La sonorité de ses mots collait et leur lourdeur lui suçait les lèvres. Elle accouchait de chaque idée et tout était labeur et effort. J’observais ses commissures. L’humidité de ses muqueuses roses venait parfois lécher ses dents. Cette toute petite partie des lèvres qui se séparait pour former tout un tas de mots inutiles. Ça tient à peu, comme faire des bulles avec ce petit objet de plastique. Il retient en son cercle ce liquide visqueux qui nous coule le long des manches. L’enfant souvent, s’émerveille. De la bulle qui fend l’air et oublie les crasseuses gouttes qui salissent ses petits bras. La consistance, la chair. Et meurt la douceur.



J’ai perdu des débris
Insensé, décollé
Des instants transparents
Ont percé le voile blanc
Des éclairs entassés



Tu peux courir dans tous les bruits de la forêt
Dans les sous-bois des matinées
Pour que ne se tapisse jamais l’imaginaire dérangé
Des torpeurs enfantines



Sa sensibilité se dégageait
Des tracés fins de la butée.
Par endroit, ses jambes relevaient les hautes herbes.
La marjolaine fouettait ses mollets
De ses feuilles glacées.
Et déjà, l'humidité de l'automne pourrissait.
Le noir décomposé jurait par endroits,
La persistance du vert fatigué de l'été.
Son corps perdu se frayait un chemin dans la nuée.
Ses mains tenaient fermement le manche du râteau.
Là, à batailler dans les hautes herbes,
À mettre de l'ordre dans la nature pourrissante.
Tardive pluie d'automne.
Le regard percé par deux petits yeux.
Petit tas informe de terre.



Petits yeux gris tendre
Perce-neige dans les miens



Accoudé à la table de la cantine
Les tranches de pain rêche
Qu’on abandonne, tracent les sillons
De la mie, encore molle.
Bientôt détrempée par les cercles d’eau
Pâte spongieuse. Francis éponge.
Immonde immangeable.
Le cafouillis de la petite tablée
A laissé des miettes de pain dur
Accoutrement bariolé des marmots
Qui tourbillonnent autour
– Chaise musicale –
Et s’empiffrent des tartines défendues
Goulûment, ils avalent
Dans la maladresse infantile
Glisse le long des petits bras
Ces épines d’amidon
L’insignifiance des croûtes de pain
Bout de choux – bout de mie
Se logent dans la cavité des coudes
Petit amas futile
Nid de miettes lové au creux de tes plis
Et tape sur la table – Clac
Tas de cellules calmé par la douleur ridicule
Souffrance inattentive
L’insignifiance des douleurs enfantines.
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