Merlin en somme

Amanda Spierings

Merlin dort sur le dos, tout au bord d’un tableau.
Léonard, goguenard, en profite (le perfide !)
pour en faire un croquis, nez en l’air, endormi.

Merlin dort, bouche ouverte. Il en sort des
bulles-lettres enfermant équations, chants
d’antan, prédictions. Léonard, lui, se marre. Il lui
vole une étole de cheveux, crins joyaux. Fera
d’eux des pinceaux.

Merlin dort sans soucis. Il rêve lors de l’ami
Léonard qui démarre une ronde amoureuse ; la
Joconde est heureuse. Léonard peint Merlin en
cal’bar, un peu plein. Quatre fers, tous ridés,
sont en l’air, oubliés.

Ronflements inconscients. Ou vraiment ?
Attention ! Il entend, polisson ! Et nous guette,
la sale bête ! Il sait tout, vieux hibou ! Et
chatouille, vieille gargouille, sans un « gare ! »,
Léonard !

Merlin rit. L’autre aussi. Vieux enfants,
inventeurs, chenapans, chapardeurs. Seule
Morgane, Marie-Jane, a pu voir l’enchanteur,
quelques soirs, quelques heures, s’assoupir pour
de vrai et gésir en ses rets.

Merlin rit. Léonard rit aussi. Ils se marrent, se
bagarrent, et s’oublient. Mais ici j’ai fini le récit
du délire, le délire du récit.

Merlin s’est endormi
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