Louve

Ariele Vusster

Nous nous regardons parfois dans la glace. Je la sens au-dedans de moi. La louve. Elle tourne et tourne sur elle-même, frustrée. Sa blessure au flanc goutant, dégoutant le sombre tapis de feuillage de la grotte. Elle est de celles, magiques, qui ne guériront jamais. Cicatriseront peut-être, laissant une balafre profonde, noirâtre, laide. Autrefois, aurais-je eu de ses pensées vengeresses qui l’animent, la laminent. De ces rêves de morts violentes. Pour les chasseurs. Pour moi. Plus maintenant.

Les chasseurs ne sont plus chasseurs. Ils ont vieilli. Aimés. Grandis. Ils ont quitté le village et gagné la vie. A la vue de la louve, ils n’ont plus qu’indulgence, peut-être même tendresse. Vieille compagne d’autrefois, vieille proie.

La proie n’est plus proie. Elle est restée, tapie dans l’ombre. Peut-être a-t-elle quitté les feuillages, elle aussi, pour la ville. Son ombre rachitique, méfiante, apeurée, glisse le long des murs. Elle observe parfois de loin les jeux des chasseurs et de leurs petits. Ramène parfois un louveteau bipède sur le chemin.

Ne l’approchez qu’avec grande prudence. Elle lèche parfois la main de l’homme, mais ne la touchez ni ne l’enlacez. Elle fuit ou mord. 
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