Le cendrier jaune sur le ciel mauve

Salomé Chofflon

Tous les mercredis après-midi, il y avait Cathy sur le balcon au-dessus du mien. Je faisais exprès de sortir sur mon balcon en même temps qu’elle. On parlait un peu, d’un balcon à l’autre. On riait. Cathy était jolie, elle avait des soleils sur ses joues. J’aimais bien imaginer qu’elle avait des soleils sur ses joues.
Je ne connaissais pas très bien Cathy. Beaucoup de garçons entraient dans son appartement, mais moi, je n’y étais jamais entrée. Elle avait un cendrier jaune, c’était tout ce que je savais. Et une lampe lune. Elle me l’a dit, un mercredi après-midi.
« Un jour Léonce m’a offert une lampe lune. Je l’ai gardée. Juste comme ça. Après, il ne m’a plus revue. »
Je lui ai répondu qu’elle avait de la chance, parce qu’à moi, personne n’avait jamais offert de lampe lune.
On a ri, comme toujours. On a parlé des enfants, de la chance qu’ils avaient, à ne pas avoir encore vingt ans.
Cathy était intelligente. Elle m’a dit qu’elle pouvait être une enfant, en lisant des livres.

Cathy jouait du violon.
Cathy écrivait des poèmes.
Cathy aimait les lucioles.
Tout le monde aimait Cathy.

Moi aussi.
Les soirs où le ciel est mauve, je sors dans le jardin. Je me couche dans l’herbe. Je rêve de Cathy.
Des soleils sur ses joues. Du cendrier jaune. De Léonce. De la lampe lune.
J'entends Cathy jouer une mélodie de Serge Gainsbourg au violon.
Je rêve que Léonce m’offre une lampe lune, et que j’ai un cendrier jaune sur mon balcon.
Les soirs où le ciel est mauve, Cathy me console. Elle me donne le droit de rêver dans un monde qui a oublié la lenteur.

J’aime Cathy.
Si elle existait, peut-être que je l’aimerais moins.
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