La fable et le fabuliste

Aubin Verilhac

Le poète à sa table admirait au-devant une pauvre araignée
Tirer l’amarre en son sillon accablement de toute sa lignée
Le commun la croirait vilaine quand lui la regarde gironde
Tisserande importune que chasse tous plumeaux à la ronde

Passe encore des histoires de fromages sinon de vins vieux
Mais qu’ils arrosent le gosier de gibier chaussant Richelieu
Ou tantôt fauves et félins fardés que l’étiquette emperruque
Quelle mouche qu’encore voilà le pique du cou à la nuque

Du cartable des écoliers sortent Maîtres Corbeau et Renard
Une raine enflée que presse à l’ouvrage un bœuf goguenard
Deux petits rats sur un tapis l’un de ville l’autre des champs
L’agnelet dont se pourlèche Sire loup gris et grand méchant

Ce troupeau dont les langues bien pendues portent remèdes
Aux pécores dodues lasses d’Andromaque et d’Andromède
Dedans des Salons mondains comme un bauge de dentelles
Quelle étable quel antre quelle écurie nulle part on ne vit tel

Pour jamais ne mènera ni trinquer ni paître son fieffé bétail
À la Fontaine d’Apollon ou sur le gazon frais de Versailles
Seigneur Lion a d’ores une Cour qui cancane et qui jacasse
Peste soit de ces barons qui dansent sur de pâles carcasses

Le destin est cruel pour qui lorgne lanternes en des vessies
Mais puisqu’il faut ici par une morale conclure ce bref récit
Je tiens pour conseil avisé l’adage qui s’achève sur l’heure
Animaux parleurs valent bien mieux qu’hommes hurleurs
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