Ioüánacaéra

Jules Masson Mourey

Sous une pluie brutale j’ai entendu les sermons dans la forêt
faits par des Pères trop blancs, dégénérés, pour avoir abusé du jambon de singe
Ils ont recopié avec une encre verte la parole lumineuse qu’on répétait nous-mêmes dans la langue des femmes, à l’ombre des tamariniers
Ils ont volé les couronnes de bougainvilliers polychromes aux fronts des petites filles
Ils ont transpercé les couples de poissons rouges pour sortir de leurs ventres des diamants gros comme des yeux
Ils ont même dressé les chiens pour suivre les crabes jusqu’à leurs butins, au fond des trous baveux
Ils ont aussi voulu baptiser Arlet – le pauvre Arlet, châtré, banni de chez lui – à l’eau bénite des Grandes nacres
Arlet lancé sur la route en pleine saison sèche, traversant la nuit les jardins brûlés, chapardant aux cabris quelques mangots juteux, couchant au fond des ravines, Arlet racolant sur la Savane comme une Française
Puis ils ont retourné un gommier énorme pour en faire le toit de leur église
maintenant les sargasses s’amoncellent sur la plage en paquets de merde et le vent s’engouffre par bouffées chaudes dans les fenêtres sans vitre ouvertes aux grands cocotiers bleus tordus par le ciel lourd de la Caraïbe
Quel sanglant carnaval
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