Elles

Cécile Durant

Le jour où elle est née, elle est morte.
Son premier souffle de vie s’est fracassé contre un mur de solitude et de souffrance.
Plus tard, sont venus les coups.
La douleur, la peur. La culpabilité, le dégoût de soi.
Je serai sage.
Plus tard, autre chose aussi.
...
Aujourd’hui, il y a la mort.
Omniprésente. Dans une larme, un cri, une panique. Elle se fait parfois oublier, sous un rayon de soleil, dans le sourire de sa fille, sous la caresse d’un amant. Elle ressurgit vite, enserre son coeur dans ses griffes d’acier, comprime sa poitrine dans un étau de plomb, déchire ses tripes de ses coups de poing intérieurs.
Puis elle tend ses bras réconfortants chargés de promesses : Tu n’auras plus mal.
Muette, quand l’autre lui demande ce que deviendra l’enfant sans sa mère.
Et puis, il y a la peur.
Latente. Elle ne sait même plus si elle imagine les dangers ou si elle ne les voit pas assez. Son radar est brisé.
Elle est cassée.
Elle survit, s’accroche aux sursauts d’espoir, ...
... mais pour combien de temps encore ?
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