Diptyque

Rafaël Deville

Le souvenir
trop lourd qu’on ne peut avaler
tend vers toi
la main
la joue
le souvenir tendu le tendre souvenir
vendu par moi vendu
par lui qui n’existe plus
le souvenir du jour le souvenir de la pluie
le souvenir du lit des chaussures du temps qui passe et ne s’arrête pas
le souvenir des codes
rouges bleus sans couleur
les codes comme ces mots

« on est trop ressemblant »

Ces mots sans passé oubliant
le futur
« pourquoi »
une dernière fois
je recréerai le monde pour te dire pourquoi
le monde qui veut dire que je
pour toi

Le souvenir de Port-Royal
le plaisir de me perdre en toi
qui écoutes alors que tu ne sais que parler
le souvenir que j’éteins/j’étreins
la nuit sous la forêt
le souvenir qui part
qui a trop duré
le souvenir a enduré la chair la nuit le vent
au milieu du verre sur la table
si stable lorsque le monde tourne
le souvenir reprenant enfin le souvenir qui claque
sa présence dans l’air du pin
qui crie qui rit qui résonne
au microphone
le souvenir transi de froid seul au mur
toi dans les bras les cheveux sur les lèvres
les lèvres sur la nuque
on avait dit besoin on avait dit tendresse
on avait dit promis
on avait dit un temps

Les souvenirs s’éteignent brusquement

-

Le livre de sa mère

Quel drôle de nom pour
un livre de vie
à tant de mains
où les mots sont des gestes
où les cris des espaces blancs
ancrés sur les bleus de mon
corps
nu loin de toi
sous l’eau des joues
l’eau toujours
qui m’enivre de ton
nom
sublime escroquerie
que ton nom
sublime connerie
que mon cœur
nu devant toi
si proche dans l’absence
sublime vie
que la notre
allons chercher les roses
allons peut-être
- A la notre

Quel drôle de nom pour
un livre de vie
à tant de mains
où les mots sont des gestes
où les cris des silences
ancrés sur les bleus de mon
corps
nu loin de toi
sous l’eau des joues
l’eau toujours
qui m’enivre de ton
nom
sublime escroquerie
que ton nom
sublime connerie
que mon cœur
nu devant toi
si proche de l’absence
de ton ombre
maintenant allons chercher les roses
allons peut être
que les regrets s’effriteront
devant les rêves effacés.
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