Yves danse

Audrey M

Pour un infidèle

Yves cherche son rythme. Les cheveux dénoués, la tête penchée en arrière, les bras ballants le long du corps, il enregistre les nervures de la foule. Vapeurs d'alcool, perles de transpiration, effluves de salive. Il retrouve ce qui manquait à son déséquilibre.
Yves esquisse un mouvement, puis un autre. L’envie vient, la musique l'entraîne, elle encercle et décercle sa bulle. Il est enfin lui-même.
Yves ouvre les yeux. Une femme le regarde. Elle n'est pas très jolie, mais elle a le sens de la danse. Dans ses pupilles dilatées, une folie blanche, une folie sœur.
Yves tourne autour d'elle en une parade ridicule. Il a besoin d’étouffer cette torpeur qui le prend au corps, alors il la prend au corps, et il la fait danser. La musique les unit et les désunit en une cacophonie lubrique et sans âme. Il se cale contre elle. Ses mains courent sur sa jupe.
Yves sent sa salive sautiller au coin des lèvres. Il approche son visage de la femme et plante sa bouche contre la sienne. C'est un geste de dérive. Sa langue est lasse, docile, maladroite. Il tient ses yeux fermés pour forcer le désir.
Yves danse, Yves rugit, Yves revit, donc Yves n'est pas coupable. La mollesse entre ses cuisses est gage de son innocence. Malgré tout, le visage d'Hélène point dans sa tête. Doux, tendre, inquiet, il le ramène à lui. Soudain, les hanches de la femme qui s'ébat entre ses mains racontent une tout autre histoire. Elles dégoûtent tout. Plus rien n'a de sens.
Yves a puisé dans les lèvres de la femme le courage de quitter celles d’Hélène, qu’il aime plus que toutes autres. Par ce geste définitif, il a retrouvé l'insignifiance de celui qui ne sait plus aimer. À présent, il ne pense qu'à demain. Demain, dehors de la nuit, il sera coupable. Demain, Hélène pleurera dans son café. Demain, Hélène le quittera.
Yves sourit. C'est très bien comme ça.
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