Vertige

Anouk Werro

« Il est 11:11, je fais un vœu. Il m’échappe déjà.

tic tac tic tac… Je vacille à l’idée que le temps avance. Minuit. Je ne dors toujours pas.
Un sentiment d’infini s’empare de moi, au bord du précipice des heures qui passent, je réalise que je suis sur le point de mourir (exagération nocturne oblige). Mais bien plus submergeante encore, la réalisation que je suis sur le point de vivre.

1:00. Je suis dans l’urgence d’accepter quelque chose. Urgence d’accepter, étrange méli-mélo de mots qui ne font sens que si on se convainc qu’on a son mot à dire dans tout ça. Mon ventre se tord, désespoir dans le bide.

2:00. Le vertige des possibles. Il faut, je dois, il est impératif que…
Je fasse le deuil. Le deuil de toutes les versions de moi qui n’existeront pas. Toutes les versions de vous qui n’existeront pas.

3:00. J’ai 23 ans, ah non, 24, et je dois faire un choix. Devenir qui on est, c’est renoncer à toutes celles et tous ceux qu’on ne sera pas.

4:00. Je me réveille, m’étais-je endormie ? Je crois avoir rêvé de poussières.

5:00. L’aube revient toujours. J’ai encore survécu aux cauchemars et insomnies. Chaque matin, le triomphe est total. »
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