Une Nuit à Calais

Cécile Durant

Des phares clignotent entre les barbelés,
Promesses de lendemains derrière la prison des réfugiés.

Des silhouettes se faufilent,
Une, deux, trois,
Furtives, fugitives, clandestines,
Hors-la-loi, sans toit ni droit.

On relève une bâche,
Espérant ne pas finir écrasé
Sous une palette, une roue, un train,
Comme hier Aberash,
Qui voulait juste échapper
À la guerre puis aux gaz.

Cacahuètes et pistaches du Proche-Orient
Traverseront la Manche sûrement,
Quand des hommes, des femmes et des enfants
Seront délogés par des policiers indifférents.

Tentes emportées,
Eau polluée,
Sacs saccagés.

Une bougie s'allume,
Une deuxième, une troisième,
Un cercle se recueille et veille,
Pour les vies des disparus
Et leurs familles endeuillées,
Dans le silence des autorités.

Le 4 juillet, Samir, bébé érythréen, est décédé une heure après sa naissance. Sa maman a chuté d'un camion, ce qui a déclenché un accouchement prématuré à 22 semaines.
Le 14 octobre, Naol, jeune Syrienne de 26 ans, est percutée sur l'A16 par une voiture qui ne s'arrête pas. Son fils de 9 ans lui tenait la main.
Le 16 octobre, Nasratoula, jeune Afghan de 16 ans, s'est fait écraser par un train de marchandises sur le site d'Eurotunel.

Les noms défilent,
Les camions aussi,
Les flics, aussi.
Seuls restent
Ceux qui veulent juste
Une meilleure vie.

La nuit engloutit dans son encre froide
Ceux dont personne ne veut lire l'histoire.
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