Un instant de grâce

Noémie Pasquier

Je me recroqueville comme un insecte sans défense. Je ferme les yeux et je pose mes petites mains dessus, je me bouche les oreilles, ça me donne l’impression d’être invisible. Mon corps est écrasé contre le carrelage froid, mais une chaleur étouffante envahit pourtant mon abdomen. Les coups frappent encore et encore. Je ne cherche pas à me défendre, j’attends simplement que ça passe.
Je concentre mon esprit, je fronce les sourcils. Même si mes paupières cachent le reflet de ma souffrance, les larmes qui s’échappent me trahissent. Je sens mon esprit me quitter, le voyage commence. J’y pense encore plus fort, c’est mon seul réconfort. Soudain, j’y suis parvenue. Une sensation de légèreté s’empare de mon être. Les coups se font moins durs et un voile de coton atténue les insultes.
J’ouvre les yeux, j’aperçois ce regard bleu ciel que les émotions ont quitté depuis bien longtemps. Je ne ressens plus rien. Je vis un rêve, un rêve éveillé. Mon corps accuse les coups mais mon esprit n’est plus là. C’est plus que ce que mon corps d’enfant ne pouvait supporter, je choisis donc de sacrifier cet instant de mon existence.
Enfin, les coups se font plus rares. Je maintiens malgré tout ma position de fœtus encore quelques minutes, on n’est jamais trop prudent. J’essaye de me souvenir quelle est la cause de cet acharnement mais je ne parviens pas à la trouver. Je me déteste, je voudrais savoir quel comportement adopter pour bénéficier de ton amour mais je l’ignore malgré mes efforts.
Lorsque la phase hypnotique que j’ai provoquée s’est entièrement dissipée, je me relève péniblement et je ressens alors les conséquences de ta violence. Mon corps a mal mais mon cœur est détruit. Pardon maman, je te promets d’essayer encore. J’y arriverai parce que je t’aime…

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