Tu

Pauline Délez

Tu entres en scène. Il y a cette légère anomalie dans la voix, langue qui claque contre les dents, timbre rauque, chaud, et quelque chose de ta présence qui me traverse. Quand ça a commencé importe peu, c’est la répétition – d’autres rôles, d’autres jours – qui fait s’ancrer la sensation. Il ne s’agit pas à proprement d’attirance, du moins pas au sens où on l’entend, où l’on s’attend à ce que s’enclenche un mécanisme de tentative d’appropriation du corps. Ce serait plutôt comme une fréquence, comme devant une œuvre, toile, marbre, morceau de musique, frappée par la pure présence. Un soir pourtant ton corps délibérément sexualisé, c’est vrai, je tremble. Du texte, de l’histoire qui s’est déroulée il ne reste rien, seulement le soulèvement dans la poitrine et ton corps à son insu qui résonne, continue de résonner. D’autres fois, tu es enfant, soldat sous-fifre bégayant, tueur grotesque, candidat aux longues dents. Je t’aperçois encore, comédien ouvrier fatigué, dans un train. J’ignore si c’est toi que je vois quand tu entres dans mon champ et tu ne sais rien de ce désir. C’est amusant, c’est tant mieux.
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