trajectoires des espèces

Marie Tavera

l'animal frappe
frappe et sait quel langage au cageot de lumière

d'une proximité
telle
j'entends sa gueule
racler le sol les places du monde ici
au-dessus
à côté le monde diurne le monde traversé
de ces pelages
et frottements encore et ce qui prend
à travers la forêt
frappe d'un coup la panse de nos mémoires la tête des champs
pénétrés sans cesse
abolis
dans le rapatriement des groins et des jachères
de ces espaces ces corps aussi bien
éclatés billes roulant bois lourds
vite ramassés
l'herbe fendue d'un bord
à l'autre de leur poids vite vu vite ramassé
sous la nuit un seul bras soulève trois sangliers
diffus vite ramassés

celui qui ne parle pas
quel est-il
où est dit le silence des autres que je n'entends
que je ne dégage pas
de ma propre substance
la propre identité venue de ces mémoires dont je n'entends
la cloche sonne
la volée de cloches sonne tout le village accourt
les villages en entier du monde l'entends-tu
tourner nos propres peaux comme cuirs
empreintes
ou sacrilèges
nos propres stupéfactions
qui l'autre qui se tait dont je ne sais rien dire
que le blanc de parole
mon propre imprononçable
effacement
il s'agit peut-être
d'un instant
un seul héritage à travers
quoi nous sommes
requis encore encore
encore
à nouveau s'engendrer chaque fois le monde dépasse
des branches les coassements
à nouveau
une interpellation évidente des voix dont rien ne nous regarde
une insistance
rire silencieusement le visage soulevé

*

le pelage est le champ
de la prière
l'étendue du passage
par-dessus les genêts les buissons
survenue du jaune
la troisième saison
sans effet autrement que le poids des présences
jaunes
de nos genêts

la faille dans le buisson
passe au-travers
des choses la perspective
d'une pierre immobile la source ou la stase
cette condensation
la direction des lieux
du lézard
du centre

l'épaisseur dite
fonds substantiel des bords
cet habitat nocturne et journalier d'une apparition lente
une paume pour les feuilles
il est le long débit d'une guérison
d'une transgression
il est et rien de plus comme terrier repaire
des faunes
des espèces
il est l'oeil où je vais marcher à peine
l'intouchable buisson la pulsation
où je frappe les pierres et le rire en silence


il y a dans la course
présence de l'air
le corps funambule
espaces humides le renfort délogé de nos saisons le bruit
qui nous vient invisible
rend la hauteur d'un coup
le vertical espace qu'on a dessus
et à côté
le grand buisson
dessus et à côté aussi bien la forêt

et tout s'est tu
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