Tête en l'air

Paul Bocognani

Les écoulements de sphères ce soir
Follement font d’un deuil une mélodie
Saignent comme un bégonia
Aux croisements de la mer verte
  et jaune comme un ballon
Et piquée d’agapanthes aussi

Je la tiens encore dans mes bras

Je m’en souviens je la parcourais comme un corsaire

Les marronniers dessinaient des frontières
J’y voyais dedans des nids-de-pie
  aux filets remplis de plumes

J’avais dix ans
  et le cœur déjà rongé par la pluie

Les rives océaniques je les imaginais de loin
Je glissais en silence des prières
  le long des nefs végétales

Je déchirais les joues creuses des vallées
  passant sous des arcades invisibles

Je m’ouvrais la poitrine
  pour y faire entrer des pommiers

Je ne savais rien encore et mes talons
  étaient mous comme un drap blanc

De mes pitreries je composais de grands bouquets
Que je ramenais à ma mère
Parce que j’étais triste j’étais si triste
  de lui voir la moindre larme poindre au coin des yeux
Elle les avait épais et bleus

Longeant les faces blanchies des eaux-vives
  j’étais seul dans la mer des blés clairs
  elle était ronde comme un lilas

Je m’en souviens je la parcourais comme un corsaire
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