Tapisserie et Fonds de tiroir

Ocyna Rudmann

Blablabla, je commence avec une phrase d’intro pompeuse, on y va de son petit jeu de mot original, on y parsème une ou deux tournures retournées ou retournantes, suivant l’effet qu’on creuse.

Ça m’énerve.
Point,
à la ligne,
fioriture,
pourriture.

Un jeune homme était assis là ; c’était...

Comment je vais l’appeler, ce con-là ? Évidemment, va falloir un prénom qui inspire, un prénom qui respire aussi, mais pas trop, faut pouvoir le prononcer. Henri, ça respire Henri.
Ça respire la tapisserie mais ça respire.
Bon. Il est assis. Pourquoi ? Faut bien poser son cul. Et allez, rajoutons du poème au banal pour virevolter l’ordinal, il aura « le regard perdu au vent » et « les cheveux fixés droit devant », telle une visière. Détourner l’attendu, toujours détourner l’attendu. Faire de l’inattendu est attendu, alors il faut détourner ce qui est attendu pour produire de l’inattendu qui n’était pas attendu. Au coin du couloir se cache ma tronche. À force de la tourner, retourner, détourner, elle a roulé. Ramassez-la si vous pouvez mais attention, elle mord. J’ai jamais réussi à la dresser. Du coup j'écris comme je marche : courbée. Donc c’est mal tourné. La feuille aussi, faudra la retourner, à l’envoyeuse si possible.

Et là, va falloir y mettre de l’événementiel, de l’exponentiel, du providentiel, du substantiel – bref, de l’excrémentiel. M’écerveler la pensante en quatre pour plaire au commun comme au distinct alors qu’au final, mon histoire, elle intéressera les fonds de tiroir.

Mais il faudra tout de même finir par une leçon de vie obscure ; sortez les lampes, torche-toi le cerveau avec pour y voir le sous-entendu dans l’entre-ligne du suggéré de l’interprétation polyphonique qui « finalement, est très simple et à la portée de tout un chacun ! ». Tout un chacal. Avide de bouffer la ligne jusqu’à l’encre. Sèche sera ta gueule, chacalittéraire, en t’enlisant dans mon texte ragé. Et tu iras mordre, et contaminer d’autres paragraphés à leurs tours enragés par mon dédain qui coule de tes crocs-lettrés.

La vie est un long fleuve tranquille. Mais parfois, le long fleuve s’écourte, les méandres s’effacent, la profondeur s’affleure.
Un jeune homme était assis là ; c’était Henri. Sur ce banc d’automne, le regard perdu au vent et les cheveux fixés droit devant, il buvait son café. Il était seul, ce matin-là, à admirer la ville s’éveiller en soufflant la surface fumeuse de sa tasse.
Soudain, le café en grain s’agrippa à sa gorge gracile. Henri tenta de respirer, d’inspirer, d’avaler cette grappe de grains, mais rien n’y fit. Poumons bouchés, orbites désorbitées, tête tétanisée, Henri suffoquait. Enfin, tombant, dégoulinant, il soupira son dernier mot : « Merde ! »
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