Sur la route au son des bombes

Mone Etienne

Figés par le froid, mes os hurlent en silence.
Lentement s’affaisse l’ensemble de mon corps
et la fatigue m’emporte.

Vient un pèlerin, ses mains m’offrent un bol de thé chaud,
ses paroles apaisantes parfument le thé de bonté.

« Il y eut des jours où tu cheminais le long des sentiers libres,
il y a désormais ces temps cruels et tu fuis la guerre,
tes pas en quête d’abri sont douloureux,
bois ce thé, hume son odeur et devine l’esquisse des libres sentiers »

Vient une vieille femme, elle me tend l’assiette de goulache,
sa voix m’enveloppe de chaleur.

« Installée dans le temps long je t’offre des germes d’espoir,
n’y vois pas une insulte à la douleur du jour mais un appel à l’élan à venir,
savoure chaque bouffée à la saveur de la conscience du temps »

Harassée, les yeux et pensées vagues, aux frontières d’un renoncement
je vois passer les funérailles des jours anciens et des habituelles attentes.

S’en détache un enfant, son tambour à la main,
il chante, danse et scande autour de ma peine, sa cadence est source vive,
il revient des obsèques, il a tout vu, avant d’y retourner, il me dit,

« Salue ton sommeil et sa vague de repos mais dévie sa vague de mort »

Sur la route au son des bombes s’en vont le pèlerin, la vieille femme et l’enfant.
Autour de moi s’attarde le souffle paisible d’une possible humanité,
Engourdie dans un calme repos je rêve et chemine sur de libres sentiers.
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