Suc de tes os

Arioviste

Recroquevillée sur ton corps tout sec
Ta peau tendue de toile que tes os menacent de percer
Craquelle de soif.

Moustique de toi-même, tu n’en veux plus qu’à ton sang,
Cette liqueur enfouie dans les coins et les angles,
Ce fluide qui se moque de ta chair asséchée,
Tu le cherches, tu te mords, le voilà qui s’enfuit !
Du bout de la langue tu le goûtes… – trop tard !
Le liquide lourd et noir, impropre à laper,
Croupissant depuis trop longtemps
Sous ta croûte empourprée,
Se dilapide en un mince filet baveux
Que la poussière absorbe en balbutiant.

Et désolée et sanglotante
Par touffes par terre tu jettes tes cheveux
Puis, sanglée de tes bras, sous les hoquets silencieux
Tu étouffes, tu te meurs, dans une mare sanguinolente…

Alors convulsionnaire,
Entre chaque spasme qui t’étrangle,
Entends-tu l’écho, le murmure du désert ?
Non ? Écoute : une voix d’hypnose et fantomale
Couve sous tes visions épileptiques.
Écoute-la, comme une dernière décharge cérébrale
Elle te parle, elle t’indique.
Célébration insolite, certes ! mais qui sait, salutaire ?
Dans ce délire se love peut-être une idée…

Soudainement le halo s’envole !
Enfin déliée, tout s’illumine :
Au plus profond de toi ne reste que ta moelle
Substance ultime incrustée dans son étui blanc
Qu’il te faut attaquer maintenant.

Écartant ta mâchoire dans un râle
Tu écorches, déchires, craches
Puis uses de tes dents comme d’un soc :
Tes incisives esquintent l’arête
Pour atteindre le suc sous l’écorce
Tu insistes tandis que crisse la coque
Alors tu ronges, alors tu creuses cet écrin
Qui, – enfin ! s’effiloche lentement
Puis s’arrache en lamelles nacrées.

Presque là, visqueuse,
Qui suinte déjà entre les stries ;
Dans un dernier effort
Recrache les limailles de tes crocs !
Susurre ! Aspire dans la fente ivoirine !
Ressuscite formidable parmi les vivants
Car demain t’invite.

Tes rires et l’ivresse, tes déhanchés insouciants
Déborderont jusqu’à l’aube de nuits sans nombre.
Chaque jour déposera sur ta joue le moelleux du vent
Et chaque soleil dansant ses mille promesses
D’aériennes caresses sur ta peau d’or.

Alors persiste du lambeau de tes lèvres
Tant que…se filtre…à travers
Rien ne vient…déjà tarie…
Comme tes larmes sans sel et sans eau
Tu ne grinces plus tu te disloques
Dans une cacophonie d’os sans public
Déjà plus quoi que qui.

Et la mort crâne blanche sur le sable
À côté de ta carcasse évidée,
T’attend.
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