Oppression

Augustin Fébié

L'aigreur et la rage sont comme des lèvres retournées. Elles voudraient s'embrasser mais ne peuvent que se fuir. Tout est perdu, à la longue, et le repos ne meurt jamais. Je crache aux abords des allées marquées de pierres et d'ombres, pour creuser dans la mousse, le lichen et la terre et parvenir à toucher, à travers toutes ces couches, les yeux encore ouverts des monstres endormis. Vastes comme les mers laiteuses et soupirantes, formant selon leurs rêves des vagues déchaînées ou bien de courtes rides. J'y plonge les mains et fait mes ablutions, prenant dans le creux comme une feuille dont mes doigts sont les nervures. Au sommeil accroché, je voudrais y replonger mais ne peux m'endormir. Il y reste des trésors, des voix de sucre et d'ailes et des couleurs effacées. Partant de cette grève à l'albumine blanche, il ne me reste pas dix secondes pour me sortir de la tourbe. Reposer sur la roche salée la langue sèche et rougie. Et téter de cette mère l'âcre goût du réel. Enuclé de la terre où la sève coule en torrents. Il ne me reste qu'à cracher jusqu'à mourir, et je veux crier pour vider l'eau de mon corps et que celle-ci creuse des rigoles et se charge d'alluvions. Qu'elle se déverse jusqu'à la mer, l’oppression.
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