oksana, pourtant

Natacha Ruedin-Royon

souffle court la charrette n’a qu’un bras, un gouvernail de bateau
quand j’étais gamine nous avions une charrette en bois, la même
transportions de la mousse des océans de pissenlits, des roseaux, du
lichen
butins humides et brillants ; nos yeux, nos mains se disputaient ce privilège :
tirer le radeau

entre les barres grises on devine des coulées de gravats, tout contre
le corps perclus
tassé
charrette, charrette : sauver
cette vie petite, faufilée de paupière à cœur
encore demain
encore une heure
peut-être

charrette : la nôtre
magnifique avec ses roues-étincelles, carriole bravache de
fée carabosse dans l’été bleu

ce matin
la tienne
abrite à peine ton ombre tremblée
souffle sous ta peau
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