nocturne

Cécile Christensen

Autour ça tangue, vacille, c’est le coin, l’angle du mur qu’elle voit lorsqu’elle ouvre les yeux. Il y a un trou entre les marches de l’escalier du bar, le léger froid et cet appartement où elle se reprend. Elle sait seulement qu’elle l’a suivi lui, parce que ses yeux, le gin, une bouche, des bras, n’importe quels bras ça fera l’affaire, pourvu que ça puisse l’arracher d’elle pour un moment. Donc elle est là qui rouvre les yeux, se découvre l’embrassant, une main accrochée à l’échancrure de la chemise. Le reste est flou, diagonale, lumière à demi, les autres dans l’appartement, masses fantomatiques qui semblent s’amuser de la situation : bouches grotesques collées, jetées l’une contre l’autre de manière risible par un mélange de hasard, d’alcool mais aussi, au-delà peut-être, par une lueur commune dans le regard.
Puis silhouettes titubantes sur le bitume, bandes jaunes de passage piéton aveuglant, bribes de phrase comme un aveu, je suis un connard, si je viens il ne faudra rien attendre, je ne suis pas libre tu vois. Elle éclate de rire – bien sûr qu’elle voit, comme si c’était le premier. Elle ne le dit pas, pas plus que des bras, n’importe quels bras, pourvu que. Je suis vraiment un connard. Ça ira, il n’y aura pas de scène, promis, pas de reproche, ni problème, ni sexe non plus finalement, égard pour l’autre qu’on vient de rencontrer et qu’on ne peut pas déjà trahir. Seulement bras, gestes au bord de la tendresse, morceau de nuit. Au matin il y a le numéro sur la bête table Ikea, au cas où, en cas de besoin, avec la signature : connard.
Et elle qui sourit.
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