Nager sous la pluie

Florian Poupelin

Nager sous la pluie, c’est entrer dans un monde inversé. Ne plus l’expérimenter de l’extérieur, mais soudain de l’intérieur, en soi-même, comme si nous avions enfin compris notre place.
Nager quand il pleut, c’est être pile au milieu, à la frontière du dehors et du dedans. C’est voir qu’en dessous, au plus profond, les abysses liquides s’étendent et qu’au-dessus, à ciel découvert, l’air et la terre dépassent l’horizon.
Mais ce n’est pas que cela, loin de là. Il y a quelque chose de plus étrange, de plus mystérieux, qui s’accroche à la peau et aux os. Quelque chose de plus évident, que l’on ressent, mais qu’on ne peut expliquer. L’élément primordial, naturel, nous appelle. Nous devons simplement lui répondre.
L’eau qui ruisselle le long de nos joues et dans nos cheveux pénètre en nous. Elle y est d’ailleurs déjà. 60%, nous a-t-on dit. 80 à la naissance. C’est alors une reconnexion, un retour à la source qui nous a vu naître, il y a des siècles et des siècles. Nous faisons à nouveau partie du grand tout qui nous relie aux autres, à la Terre et à nous-mêmes.
L’eau nous mitraille d’en haut, nous enveloppe d’en bas. Elle prend vie sous nos yeux, à la surface des lacs, des mers et des océans. Les gouttes qui tombent éclatent à la surface, comme d’infinis sursauts quantiques. Quand l’une meurt, des milliers d’autres reviennent à la vie.
Le vent court sur la pluie. Il la pousse, la rabroue, la fait valser. Il l’anime de quelque chose de plus majestueux, de plus grandiose. Sa touche finale est l’orage. Quand le ciel s’obscurcit, se nuance de gris, de noir et de volutes légères et éphémères. Quelque part, allongé entre deux montagnes, un géant fume le cigare.
Nous sommes seuls au monde. Il n’y a plus rien, que les éléments. Tout le reste n’est que misère, silence et échos imaginaires. Seul le temps est changeant. Il se diffracte, s’étire devant nous, pour ne devenir plus qu’un long souffle indolore et incolore. Comme le monde, il s’est lui aussi suspendu.
Les bras tendus, en Christ, notre peau se constelle. Les gouttes nous ressourcent, nous rendent la vie qui, petit à petit, s’était écoulée de nos pores. La tête en arrière, notre âme résonne. Ressourcés, ressuscités, nous pouvons à nouveau tenter de nous envoler. Car nager sous la pluie, c’est devenir enfin ce que nous sommes, les habitants d’un monde simple et bienveillant.
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