Limite et dérivée

Michaël Gay des Combes

Je jouais avec des mots que je dessinais comme à la craie sur le bitume, à la crèche enfin, devant la crèche, je crois. Même après, après la crèche, j'assemblais les mots pour en faire des contes : j'ai fait les comptes, une dizaine de contes (j'me la raconte) avant mes dix ans. J'étais sur la pente montante tandis que finissaient les années nonante, puis deux-mille, deux-mille-dix, me voilà officiellement artiste. Un sale gosse au sommet de la pente, de la cloche, voilà : un sale gosse au sommet d'une cloche de Gauss.


Comme si j'avais déjà tout dit
Je laissais dire les autres

Qui le disaient bien
Le dire à ma place.
.
Moi, j'étais content
Comme un enfant
Riant
Sur la pente
Descendante.


Je joue plus trop avec les mots maintenant. Sauf pour draguer un peu, le style décoiffé, artiste raté : ça a toujours bien marché. Mais je jouais plus trop avec les mots en fait, je les laissais, les délaissais, las de les voir grandir, vieillir et décrépir. Je les laissais de côté comme pour conserver intacte leur beauté, pas celle du phrasé mais de l'insouciance avec laquelle je les avais griffonnés à l'époque du lycée sur ce bout de papier quadrillé que j'avais déchiré dans ce cahier de maths mal soigné.


J'ai retrouvé ce cahier
Ce matin.
Sur une feuille déchirée
Intact,
Gauss me narguait.

Alors revanchard
Sur le champ de bataille
Désolé
J'aiguise ma lame


Et change cette Cloche en sinusoïdale.
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