L'hiver

Gaël Spoorenberg

Et le train qui passe, freinant dans un grincement désagréable, emplissant tout l’espace.
Tu lèves les yeux, le train défile devant toi, il est vide. Tu le vois dans le flou du mouvement, tu ne vois pas bien avec tout le bruit. Et tes yeux sont attiré vers cet écriteau lumineux qui passe et repasse avec les wagons. Tu arrêtes d’essayer de le lire, tu le regardes juste dans sa course folle, les yeux dans le vide. Alors tu aperçois le mot, dans la torpeur de ton regard.

Geschlossen

Geschlossen

Geschlossen

Geschlossen

Inlassablement, ton esprit est vidé, absorbé par ce mot.
Le train est passé, te laissant seul avec ce message de tristesse. Le son strident de cette machine de malheur résonne encore quelques instants à tes oreilles.

La grisaille provoquée par le blues de la musique, quand tu regardes le ruban déchiqueté qui volète au gré de cette bise glaciale, quand tu la sens te pénétrer jusqu’à l’os, crispant tes muscles, quand tu sens l’odeur de l’hiver à plein nez, cet air qui pénètre dans les poumons avec violence, montrant bien qu’il s’est déjà installé, qu’il ne repartira pas avant l’année prochaine, quand tu sens l’atmosphère triste de cette gare vide, éclairée à peine par les panneaux publicitaires projetant de joyeuses couleurs au sol, ou encore quand tu sens la solitude qui prend les tripes et qui te procure un de ces délices exquis en bouche, oui, tout ceci n’annonce qu’une seule chose : la mélancolie hivernale est de retour.
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