L'éveil

Numa

Combien de temps avait duré l’attente ? Car il s’était promis de venir. Il avait pris un engagement formel et définitif avec lui-même. C’était le corps noué qu’il était entré dans le bâtiment. Un pas solitaire. L’accueil lui avait indiqué un fauteuil et il s’était approché d’une arrête dorsale acérée. Des murs crépis de silence observèrent la marche précaire. Quand ils se virent, une heureuse confusion envahit la pièce. De ses yeux scintillants et avec une douceur infinie, il me contempla. Un frisson me parcourut. J’étais pris dans une bourrasque. Une vague supplémentaire et j’aurais été emporté. Il parlait dans sa langue. Il avançait tâtonnant, trébuchait, s’engouffrait dans une impasse, pour finalement conclure d’un majestueux prima. J’écoutais sa voix de toujours. Perdant le sens des mots pour ne conserver que leurs empreintes. Il décomposait l’œuvre construite en une vie. Magistralement mot après mot. Brusquement, une conversation silencieuse s’installa, le temps prit par surprise, cessa. Il avait dit papa.
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