Le scarabée

Sonia Menoud

Je vis dans un monde
les pattes en l'air
les dorsales en alerte
la gueule bouche bée
j'ai un cv de scarabée.

Je suis née le cul dans l'herbe
près du tas de fumier
coincée entre le missel
et la récolte de juillet.

Je n'ai jamais capté l'interrupteur

de la langue de bois
du networking en smoking
du sauvetage de l'espèce
à but non lucratif
du mot châtié / biaisé / couché sur
le champs lexical

Je joue
une partition
vierge
j'attrape
la note
par la queue
la coquine
baladine
s'exstasie
Chopin
éternue
la note
charnue
choit
et ne laisse que l'echo d'un

FRACAS

(Nul ne comprend aussi douloureusement
l'intensité du moment
que Chopin)

Je vis au monde
exilée
un quotidien
chromatique.

Est-ce folie
d'entendre
les feuilles
bâiller
dans la bise
d'un hiver glacé ?

Est-il une histoire
plus sacrée
qu'une autre
par ce que l'un
a mieux simagré
que l'autre ?

Avons-nous encore la liberté
d'inventer
le verbe ?

Ma vie a le trait d'un kōan
qui prend les jambes à son cou.

Que me vaut cette inadéquation
et cette perle de sueur
et ce gant assassin sur le coeur ?

Une certitude
celle de ne comprendre
que ce que j'ai touché
de mon sourire de mes yeux de cette persévérante stupeur
de l'humain face à l'humain

Et quand le cil tel un papillon sénile aura jugé bon de se coucher
dans un dernier battement
mon âme
Diva à la poitrine fellinienne
gorge déployée
enivrée en rage
rire de louve
d'un éclat pourfendra


VIVRE, VIVRE, C'ETAIT DONC ÇA !


Sur le sol craquelé
le scarabée bousier
pousse sa boule d'or.
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