Le cerf-volant

Charly Rodrigues

Quand j’étais gamin, j’étais pourri de caprices jusqu’à la moelle. J’ai eu presque tous les jouets que je voulais, ma pauvre Maman étant trop lasse pour refuser les ordres d’un petit monstre hyperactif. Aujourd’hui encore je lui en veux un peu, de cette souplesse, ou de cette résignation, mais nous ne pouvons pas revenir en arrière, et nous le savons tous les deux.
À cet époque-là, je pense que ma famille a longuement prié pour que je cesse d’être une tornade perpétuelle... et un beau jour, le miracle a eu lieu : je ne me souviens pas de l’âge... je crois que ce qui a marqué le tournant est un épisode, précis.

D’autres enfants, à la plage, s’amusaient avec des cerfs-volants. Il me semble que c’était la première fois que j’en voyais pour de vrai, c’est-à-dire pas en dessin animé ou à la télé. Évidemment, peu de temps après, le despote que j’étais insistait pour en avoir un. Mon désir exaucé j’avais en ma possession cet objet de pacotille, de divers plastiques colorés, et qui à la fin de la semaine finirait par se retrouver en mille morceaux.
Pendant toute une après-midi, mes parents goûtèrent à la tranquillité. Trop égoïste pour le prêter pour qu’on me montre comment faire, trop obstiné pour abandonner, j’ai passé des heures à m’énerver silencieusement sur ce machin jusqu’à ce qu’il vole enfin. J’étais concentré, canalisé sur un seul objectif. J’étais serein, les pieds trépignant dans le sable chaud, le soleil tapant doucement, le chant régulier des vagues me berçant, avec un vent ni doux ni fort comme ami.
Papa et Maman ont mis ma docilité sur le compte de la fatigue : sur chemin pour la maison j’étais encore en pleine méditation. Mais le changement s’était bel et bien produit en moi : je cherchais dorénavant à jouer au billard, aux cartes, aux jeux vidéo, à faire du vélo, à lire, j’ai demandé à commencer le karaté. Mes notes à l’école ont grimpé. Focaliser toute mon attention sur une seule activité était devenu un besoin. Ma famille était aux anges, la providence avait entendu leurs prières.
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