Le banquet des cendres

Vincent Annen

Il a volé à sa ruine la splendeur de la tragédie
laissant aux sans-voix en lieu de la chute d’une
étoile, un anonyme dépérissement.

Riant toujours, cette splendeur désormais posée
en baume sur ses points-feu sensibles qui
libèrent à travers moëlle la simple
euphorie de voir.

Le squelette ne mange plus,
seule faim pour les souvenirs, l’œil sauvé
attentif aux cercles mus des vers
de terre et leurs remous répugnants, plus beaux
qu’au soir les météores semblables.

Seule faim pour les souvenirs rangés
en tas dans ces conserves
de sable fin. Subsistance éphémère
tout autant qu’essentielle, déglutie
sans lumière, les coudes cognés aux angles cartilagineux de son
ancien corps. Chaque douleur
le tient concret :
mémoires à réchauffer plus tard.
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