La langue ennemie

Prisca Agustoni

La langue ennemie entre
par l’ouïe et coule
jusqu’à l’aorte

là ou elle attend
et grogne,

chien qui reconnaît
la présence du voisin
derrière la porte.

Dans cette langue
hostile
comme un chien
qui aboie
et mâche l’os
de la langue morte,

l’ouvrière hongroise
rédige son cahier

telle une Pénélope
qui tisse le matin
et détruit le soir
son linceul de papier :

ce faisant, elle attend
le retour de la langue
sacrifiée,

la chaleur de l’écriture
étant son unique demeure,

brouillon éternel
gravé à l’eau-forte
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