La Douche

Swaha Somanadan

Le rideau est tiré.

Le spectacle débute.



La pièce, embuée d’excitation, accueille l’unique protagoniste qui se glisse qu’avec peu d’aisance sous les projecteurs hydriques. Pour destituer son corps et sa tête de toute souillure, elle se jette maladroitement à l’eau. Son corps se dégraisse, se met progressivement en mouvement. L’esprit prend le large et navigue dans les profondeurs des pensées. Les inhibitions s’évaporent et viennent créer une couche opaque recouvrant le seul miroir de la pièce.

Alors, un tableau prend vie. Une vision qui pourtant ne s’offrira à aucun regard. Une représentation qui naît, précisément car il n’y a aucune autre présence. La protagoniste se trouve en osmose avec son environnement. Sa cascade de cheveux se confond avec celle du pommeau, l’eau ondule ses mèches. Ses hanches ondulent avec l’eau. Elle se meut au rythme régulier des gouttes qui roulent sur sa peau comme sur celle d’un tambour. La protagoniste danse d’abord doucement, jusqu’à acquérir une certaine assurance et ainsi laisser ses membres fluides prendre le contrôle. Elle se laisse envelopper par la douceur de l’eau et ensemble, ils tourbillonnent. Et du centre de ce maelstrom, jaillit un chant. Les notes sortent, une par une, pour venir aussi danser dans les airs. La voix de la protagoniste s’élève, électrique et puissante, après avoir passé la journée à l’état seulement de potentiel, enfouie en elle, inaudible au monde. L’harmonie fait vibrer l’air. L’énergie se décharge dans toute la pièce.


Et puis, c’est le court-circuit.


Tout s’arrête. Les couleurs du tableau se dissolvent dans l’obscurité. La violence de l’orage vrombissant dehors a eu raison des plombs qui ont sauté. Il faut croire que la douche est plus puissante à l’extérieur.
FacebookPDF