Kyōko

Ferdinand Agathe

Ses inspirations étaient si rapides. Si profondes. Elle respirait si fort qu’elle s’en faisait tourner la tête. Pourtant, là où nous étions, nous ne manquions de rien. Pas même d’air. Seulement, elle devait s’en assurer, consumer ses tourments – comme une inclination – en de fugaces bols d’air. Alors elle recommençait.

Son cœur finissait forcément par s’emballer. Ça n’arrêtait pas, les pulsations. C’était habituellement le moment où elle ouvrait sur sa poitrine une main stéthoscopique pour s’abandonner au comptage des battements, une accalmie délassante avant d’haleter à nouveau. C'en était trop pour Kyōko et ce corps si menu. Elle s’usait. Jusqu’au désespoir. Elle pleurait jusqu’à ce que le soleil n’imprime sa robe satinée, de toute l’encre de ses larmes.

Là-haut, les cimes fondaient fatiguées et ruisselaient le long de leurs versants, tandis que s’assombrissait le ciel, harassé de tant de couleurs. La nuit tombait très tôt ici. Il était temps de rentrer.
Déjà loin des crêtes, la lune éclairait le chemin. Face à l’étendue, nous nous tenions la main. A mesure de notre avancée sans fin, s’exhalait la campagne, parfumait ses chagrins.
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