Fuite en avant

Linda Diatta

J’ouvre la porte, bureau, siège, ordinateur, ronron à l’ouverture il est resté allumé, pas éteint, c’est bien, plus rapide comme ça, les touches du clavier sous mes doigts la souris – clic clic clic – les fenêtres s’ouvrent – détente enfin, façon de parler les images les sites défilent – clic clic – impossible de les arrêter, mais pourquoi je fais ça ?

C’est plus fort que moi si les autres dehors savaient ils rigoleraient bien ! je suis nulle plutôt que de faire quelque chose d’intelligent de ma journée me revoilà devant cet écran et impossible de m’arrêter – clic clic – autre site autre personnage autre vie – mais ma vie à moi, qu’est-ce qu’elle vaut à côté de ces existences virtuelles-là ?
Mieux sans doute, mais je n’y crois pas, pas suffisamment pour arrêter en tout cas. Impression qu’ici au moins je contrôle quelque chose, tout est plus simple ; alors que dans ma vie réelle...

Flux des sons, des images qui s’impriment sur ma rétine je ne m’en lasse pas je devrais me faire aider peut-être j’ai un problème je le sais bien – clic clic – les yeux fatiguent mais je continue comme la drogue il me faut ma dose, toujours plus grande pour atteindre la même quantité de plaisir c’est sans fin...Dehors les gens vivent s’aiment font des choses grandioses dont on se souviendra et moi qu’est-ce que je fais ? je reste plantée là, devant mon écran, dans la pénombre de mon bureau.

Dégoût, comme à chaque fois je finis par me dégoûter, mais pas suffisamment pour m’arrêter. Que pourrais-je bien faire à part jouer ? À ça au moins je suis douée – clic clic – le reste je ne sais pas si ça se trouve je crève demain et de moi on ne dira que ça « elle a joué » belle épitaphe en vérité !

Depuis combien de temps je suis devant mon écran ?

Clac – cette fois c’est la porte d’entrée – réflexe : clac étouffé de mon ordinateur que je referme discrètement.
Il arrive, je ne veux pas qu’il me trouve comme ça encore une fois, je dois arrêter... j’attrape illico un livre qui traîne sur mon bureau et l’ouvre au hasard afin qu’il ne me prenne pas en flagrant délit.

« Tu as passé une bonne journée ma chérie ? »
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