Feu sauvage

Malou Amselek

Sur les pavés battus d’un vieux Paris buté
Une jeune jument surgit depuis les cimes
Têtue comme la mort qui sort et qui décime
Quiconque l’accolait se voyait chahuté

C’est des peuples des sables qu’elle était native.
Et dessous sa robe sur l’échine arborée,
L’arabe cachait un cimeterre abhorré
De la lune luisant dans les cieux, captive.

Elle n’aurait pas su suspendre sa foulée
Comme son coeur ailé battait fort la chamade
Et sous le feu brûlant de ses fanons nomades,
L’appel de la pâture, elle ne put refouler

Mais un noble bédouin, un humble troubadour ;
Chevalier de Vénus sans cape et sans épée,
De son avide voix chanta la mélopée
Et brida l’animal d’une main de velours.

Aveuglés par les vapeurs d'une ivresse sombre,
Dans l’azur, au zéphyr les ailes déployées,
Au-dessus des troupeaux et des champs ondoyés,
Ils prirent leur envol jusque dans la pénombre.

Mais conquérir le cœur d’une jument sauvage
Est une vésanie, un dessein dérisoire ;
L’amour comme la nuit, farouche et provisoire
Au matin disparut derrière les rivages.
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