Exanthème

Garance Sallin

« Je n’avais jamais franchi le portail du Jardin des Plantes. Enfin j’ai découvert ces allées infinies, ces bosquets ordonnés, et surtout ces fleurs, ces myriades de fleurs.

J’ai approché ces étendues odorantes et colorées – j’ai pleuré les années de beauté qui m’avaient échappé. »



Les premiers bourgeons ont paru, nappés d’écarlate, luisants et prometteurs. Des excroissances rubis, énigmatiques, douloureuses à fleur de peau, perçant leur voie entre les horripilateurs.

L’invasion a été rude. Des démangeaisons constantes, des lancées aiguës sous l’épiderme, juste sous l’épiderme, et plus profond une expansion violente, des transpercements continus, des irrigations brutes. Il n’a pas été facile de comprendre. Ça n’est jamais facile.

L’évidence a fini par éclore. Soudain, les pétales se sont épanouis, étendus, comme relâchés, soulagés, éclaboussant de petites perles rouges la peau irritée. De là tout le reste : de là, comprendre enfin, connaître le travail latent qui s’opère. Les racines ont pris, ancrées dans les veines. Le souffle est désormais partagé, la vie émerge de la chair. Une infection florale, inéluctable, s’est contractée. Les fleurs mangeront tout, se repaîtront de l’être, jusqu’à ce que tout mouvement soit vain, rendu impossible. Les jambes à leur tour prendront racine, figées dans le sol, assoiffées, affamées, en quête permanente et désespérée de nutriments. La vie, doucement, s’étiolera.

Et les fleurs ne cessent d’émerger, trempées d’hémoglobine, ourlées de rosée pourpre.

Mais n’est-il pas bon de se sentir utile ? N’est-il pas agréable de les sentir croissantes, dépendantes, nourries par ce corps qui ne pourrit pas encore ?


Et je cracherai leurs pétales
Le corps percé de leurs stigmates
Et j’éclorai dans la nuée
Exquise et embaumante du parfum des fleurs
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