Été 44

Isabelle Grout

Elle a toujours eu de beaux yeux
Des yeux magnifiques
Maintenant on ne voit plus qu'eux
La face tournée contre la lune
Elle rit aux aboiements des chiens
Comme on crie
Comme on hurle
Mais pas comme une folle
Elle ne tombera pas si bas
Que leur honte
Le déshonneur est une lèpre
Il ne fallait pas la toucher
Quelle que soit la vérité des dires et des actes
Il ne fallait pas la toucher
À présent qui dira
Quelle aurait dû être sa peine ?
Elle reste là plantée
Le crâne au ciel le regard droit de haine et de dégoût
Elle rit
Elle sait que tout s'arrête là
Pourtant elle ne tombera pas
Elle aussi entrera dans l'Histoire
Sans gloire et sans procès
Qui saura ce qu'elle dit ce qu'elle fit réellement ?
Peut-être rien… peut-être pire…
On l'acquittera demain au bénéfice du doute et de l'humiliation
Mais eux viennent de signer leur honte
De leurs gueules hilares
Faux héros de l'Histoire
Dalilas de fond de bistro
Brandissant l'arme et le trophée
Filmés fixés pour la Mémoire
Qui demain
Écoeurée
Vomira leurs sourires
Leur suffisance obscène
L'indignité
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