Épines

Tímea Nagy

J’aimais la mélancolie sans pair
des Noëls sans neige,
dessinés au crayon gris.
J’aimais la guirlande lumineuse
des mélodies inachevées.

J’aimais la lourdeur
des rideaux
de la chambre verte
en été. Prise au piège
par des mots
que je ne connaissais pas,
j’enfilais mes doigts
dans les trous des nappes en dentelle,
comme s’ils étaient
des toiles d’araignée.

J’aimais ramasser
de la terre les épines
que mon grand-père avait coupées
des tiges des roses,
pour qu’elles ne me fassent
pas de mal. Je les ai cachées
dans ma poche, quand il
ne me regardait pas.

Je les ai enterrées
près du peuplier argenté,
et je me suis assise pour attendre
la pluie. Petite, j’avais toujours pensé
que les créatures vivantes
naissaient des épines
et non pas des graines.
J’aimais imaginer
que mon regard ciselait des mots
sur le papier de soie de la mer,
des plumes tombées du ciel
pour toute ponctuation.
Mais j’avais horreur
des broches filigrane d’argent
des papillons, qui n’ont jamais volé,
ne faisant que des trous sur les vêtements,
tout en restant figés.
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