Dune

Maëlan Le Bourdonnec

        -                inviter Lola à la mer
        -                ramasser des coquillages
        -                ne pas prendre de coups de soleil
        -                rire avec Lola
        -                regarder son corps sans avoir l’air d’un pervers
        -                mettre ma serviette à côté de la sienne
        -                ne pas avoir d’érection
        -                acheter des churros
        -                nager nu dans la mer
        -                ne pas perdre de maillot de bain dans la mer
        -                ne pas envoyer le ballon dans sa tête
        -                embrasser sa joue
        -                sentir son parfum sans avoir l’air d’un pervers
        -                effleurer sa peau
        -                éviter les méduses
        -                offrir à Lola un coquillage (garder les autres pour collection)
        -                dire à Lola qu’elle est jolie
        -                ne pas rougir

       -                faire passer ça pour un coup de soleil
        -                ne pas bégayer ou juste un peu
        -                prendre sa main en marchant près de l’eau

      -                regretter de ne pas avoir pris sa main
        -                lui proposer d’aller au cinéma

      -                tomber amoureux de Lola

*

Duna Lola. Dune ton corps. Dune tes yeux. Dune tes lèvres. Lola dans la peugeot la ceinture qui brûle et le pare-soleil. Soleil dune. Le sable dans la voiture et le sel qui reste sur la peau. Les douches sur la plage. L’eau dans tes cheveux dune. Les châteaux effondrés, la baïne, le cerf-volant, l’avion qui traîne son bandeau je voulais prendre ta main. Dune. La caresser. La bruyère et les pins qui préludent à nos corps mouillés. Lola est allongée sur le ventre et derrière Lola c’est la mer mais elle n’y pense pas. La peinture est encore là quand tu dors. Elle tremble comme lorsque tu me regardes écrire. Le corps tremble en attendant. Une fourmi grimpe sur ton pouce. Un bunker prend l’eau, mer adolescente. Le pétrolier fait la taille de la fourmi. Nous n’avons pas réparé les dunes. Iode bunker. Iode Lola. Le vent s’arrime au port. Il y a un port dans le cou de Lola. Un hôtel en bas de son dos. Une église entre ses mains. La nuit est dans le verbe. Lola c’est la nuit quand il pleut, un voilier en forêt, un musée où l’on s’assoit pour contempler un tableau énorme et prendre la main de son amoureuse, un jardin quand le soleil se couche, un carnet de croquis effacés, un livre oublié sur la couchette d’un wagon-lit. Dans la dune il y a mon village et son ancien puits condamné. Tes pieds s’enfoncent entre les vagues. En me réveillant j’ai vu ta main sur la mienne. Je veux fonder une cité troglodyte à tes côtés Lola. Prendre la mer et l’enfermer sur tes seins. Revendiquer tous les naufrages du monde et tous les romans inachevés. Inventer une géométrie nouvelle. Je veux me promener l’été sur les remparts qui longent la mer. Voir les lumières pauvres des ruelles animées s’échouer entre les brise-lames. Sentir la pierre encore chaude et la crêperie à deux pas. Regarder le phare qui tremble et le vent qui tremble. Encore les séismes. Encore les calderas. Et la mer épuisée qui s’écroulera dans nos bras. L’air est saturé de particules de vertige. Je pense à tous les pétroliers géants qui passent au loin dans la nuit, à leurs hélices colossales, à leur coque monstrueuse. Aux hommes qui n’ont pas senti la chaleur de la pierre sous leur main depuis trop longtemps. Je pense aux chants des sirènes, aux passerelles qui enjambent les canaux, aux étoiles et à la faune disparue. Lola faire l’amour. Dans les creux de tes hanches c’est un hameau de maisons à colombages. Dune médiévale. Tu éteins la lumière et j’ouvre la fenêtre de la chambre pour entendre le bruit des vagues. Grande noire. Meneuse de naufrages. Les douves que nous avons creusées sur la plage sont remplies d’enfances qui regagnent le large à marée basse, tout au fond de la peinture, près des jardins sur la mer et des encorbellements. Là-bas l’éternité Lola toutes les épaves des dunes.
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