Des murs, des mondes

Florian Poupelin

Je les connais par cœur. Leur papier-peint, leurs courbes, leurs angles, leur couleur. Ils n’ont plus aucun secret pour moi. Imitation de béton lacéré, figures répétées, reproduction industrielle d’un impossible schéma naturel. Comme si quelqu’un avait gratté pour traverser, pour s’échapper, mais n’avait trouvé que de nouvelles couches, infinies et superposées.
Je vis entre ces quatre murs, tel un prisonnier à perpétuité. On m’a oublié dans cette petite case, elle-même oubliée au milieu d’autres petites cases qui, toutes accolées, forment un monde, renfermé et mécanisé, libre pourtant, soit disant. Du moins, c’est ce que me dit l’écran. Mais peut-être ne parle-t-on pas du même monde. Il en existe sûrement plus d’un. Celui que je connais fait environ cinquante-cinq mètres carrés et donne sur un autre. Sur les arbres, sur les collines, sur la danse des oiseaux et sur la course des écureuils. Sur la lumière qui éclaire l’univers et qui parfois parvient jusqu’au mien. Elle se reflète sur les murs et pénètre ma tête, me donne des idées, des rêves, des espoirs pour plus tard. Car entre ces quatre parois, il n’y a rien à voir, rien à vivre. Je ne pense que par cette fenêtre. Ouverture d’un monde sur l’autre. Une simple vitre en guise de frontière. Il ne faudrait pourtant qu’un poing bien serré pour l’envoyer voler.
Mais comment faire, une fois à l’extérieur ? Je ne saurais par où commencer. Ce n’est pas comme ça que j’ai été élevé. Alors je reste là, sans bouger, pendant qu’autour de moi, les mondes s’étendent, puis se rétrécissent. Je devrais partir, je le sais. Quitter celui-ci pour un autre. Survivre ici ou vivre, mais mourir, ailleurs ? Souvent, je me pose la question, sans pouvoir trouver de solution. Je ne peux pas et je ne sais même pas pourquoi.
Plus le temps passe, plus mes pensées s’effacent. Les murs, eux, m’écrasent, me regardent et se moquent de moi.
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