Des lancers francs

Matthieu Corpataux

Seul l’écran de l’ordinateur éclaire la chambre désormais. Une silhouette se dessine sur le mur blanc selon l’intensité des publicités. Panier à trois points. L’entraineur prend un temps mort. Un temps mort, le mot siffle. Au mois de novembre, les Américains rendent hommage à leurs soldats, ils sont invités sur le parquet pour saluer la foule, pour meubler les temps morts ; en alternance avec les pom-pom girls. Gi Joe et Barbie. Des soldats jouent aux chaises musicales. Nouveau trois-points, le match est serré… On lance un officier de la Navy sur une grosse planche à roulettes en direction de quilles en mousse. Toutes les quilles tombent, le militaire est un héros. Une acclamation organisée descend sur le parquet et puis le jeu reprend. Faute – lancer franc. Le tireur ne manque pas la cible. He’s a sniper dit le commentateur. Nouvelle acclamation. Plus tard, un canon à air comprimé sponsorisé par une banque expulsera des t-shirts dans les tribunes.
On demande encore un temps mort. Elle est belle, la speakerine qui annonce qu’un invité très spécial arrive sur le parquet. Un garçon de six ans, Frankie Jr., qui reçoit un maillot de la part d’un joueur et une peluche de la mascotte il peut être fier de son père, Frankie Jr. ton père est un héros, la speakerine appelle la foule à l’applaudir une dernière fois avant la reprise du match. Plusieurs font un salut militaire. Plan en contre-plongée sur le drapeau. La mascotte habillée d’un treillis militaire raccompagne le garçon, le temps mort est terminé. La vie reprend. La caméra suit Frankie Jr. mais il cache son visage avec ses bras, on ne laisse pas l’image trop longtemps. Les danseuses sortent du terrain. Pub pour un fast food. Pub pour une voiture, pub pour une plus grosse voiture. Pub pour une fondation de soutien aux anciens combattants, ils sont en fauteuil, ont l’air ravi de recevoir un ballon. Temps mort pour moi, je referme l’écran, les yeux. Je me demande si le petit Frankie joue encore aux GI Joe. L’ombre envahit le mur entier ; il est tard à cause du décalage horaire, le match reprend sans moi.
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