Bromios urbain

Antoine Magnin

Allongé de son corps qui, ample et accoudé
Sur un os fin et sec, s’offre vénalement
– Indigente hétaïre – aux passants dessoudés ;
Tel un dieu négligeant, il boit nonchalamment.

Nonchalamment, il boit d’une main altière,
Dans son bock métallique, un mystérieux breuvage
Qui – hélas ! – est trahi par sa robe fière
Arborant la sentence éthylique et sauvage.

Sauvagement, il pose à côté de son sac
Crasseux et déchiré, ses gros doigts engourdis
Par la canette d’or ; il a de rouges plaques
Gangrénant ses boudins pour une mort ourdie.

Ourdissant un assaut, ses paupières jaunies
S’ouvrent comme une fleur ; son nez – ou cet amas
De peaux superposées – tressaille, désuni ;
Et du banqueteur, il s’ébahit – et voilà :

Voilà, son front calleux chavire vers ses pieds
Nus, cependant poilus ; un fil n’a pas omis,
Visqueux, bigarré, de jaillir comme il sied :
Allongé et béat, il sourit et vomit.
FacebookPDF