Au coin du feu

Eulalie Marchandise

Du frottement de l’allumette sur le grattoir
Jaillit une étincelle du terne soir.
J’observe émerveillé-e cette lueur naissante
Gesticulant au gré des notes absentes.

Je dépose cette mélodie funèbre
Sur un monticule composé de papier et de ténèbres.
La symphonie des flammes résonne
Au son de mes sanglots et des consonnes.

L’incendie de la mélancolie se propage
Brûlant toutes les phrases sur son passage.
Épouvanté-e, je hasarde quelques mots morcelés,
Mais les derniers débris du langage ont été incinérés.

Les lettres suffocantes
Reposent auprès des braises languissantes,
Mon effroi m’asphyxie davantage.
Les résidus de cendres que je saisis entre les mains
Ne représentent plus qu’une vague langue morte, un obscur latin.
S’installe alors un silence sans âge…

La poussière virevolte, puis retombe.
Aux abords de la cheminée, mon impuissance creuse une tombe.
Des particules d’Éphémère
S’éparpillent jusqu’à former un volatil cimetière.
Ma mémoire s’élève vers ce paradis gris,
Mes ruminations s’endorment avec la nuit.
Des nuages de plénitude anesthésient mon impermanence
Tandis que ma lucidité me chuchote, telle une confidence,
Une berceuse venteuse
Dans laquelle ni le poussier ni l’eschatologie ne se dissolvent au contact de la Grande Faucheuse.
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