Visite d'une dépendance à trois étages

Thomas Deniau

1
Comme si le vertige d’en haut m’avait retrouvé en bas, tout mon corps s’inclinait vers une seule direction. Imaginez. Vous êtes au point culminant de la plus sensationnelle attraction. Rien à faire. L’impérieuse nécessité de s’élancer dans le vide s’impose à vous. Pourtant, vous devez lutter ; lutter contre cette irrésistible descension. Rien à faire. Je suis là, assis et debout, d’une patience pressée ; mes mains tremblent sur le clavier.

2
Elle me regarde, mais que peut-elle bien penser ? Mon vertige, soigneusement, pourrait s’estomper. Il me suffirait d’y céder. Rien à faire. Comme si le vertige d’en haut m’avait retrouvé en bas, tout mon corps s’inclinait vers une seule direction. Et ses yeux, pareils aux miens, caressaient mes mains et semblaient m’appeler, ô Icare ! D’ici ne va pas trop loin ! Ne pas se laisser pousser. Ne pas se laisser griser. Pourtant, je pourrais le noyer ce vertige.

3
Vol à mi-hauteur océan-soleil. Non, l’un des deux s’est éloigné de l’autre. Rien à faire. L’avion tourne et recouvre le soleil. Depuis l’autre hublot, l’eau paraît froide, et elle me regarde. Je crois même qu’elle voudrait me parler. Ses histoires ne m’intéressent plus ; je les ai trop entendues. La terre nous apparaît. De joie, nous nous embrassons une dernière fois. Tout comme si le vertige d’en bas m’avait retrouvé en haut, tout mon corps s’élançait vers cette seule direction.
FacebookPDF