Une rencontre

Frédéric Lange

Six heures, un matin d’hiver, un champ recouvert de neige, froid glacial.
— Tu peux encore renoncer, Hyppolite, lui pardonner.
— Non, il m’a offensé, il m’a traité d’inverti. Nous avons convenu des conditions de la rencontre et tu es mon témoin, Honoré.
— Tu pourrais y laisser ta vie, Eugène est un fin tireur.
Honoré se rend vers l’autre témoin, ils contrôlent les pistolets, les chargent. Ils reviennent vers Hyppolite avec les armes dans une boîte pour qu’il en choisisse une.
— Les dés en sont jetés, puisque tu ne veux pas m’écouter, enlève ta veste et ta chemise.
— Tu crois ? Il fait froid.
— C’est la coutume, et il fera encore plus froid lorsque tu seras dans ta tombe, six pieds sous terre. Hyppolite se met à torse nu, laisse tomber ses habits dans la neige, il tremble. Est-ce le froid ou la peur de mourir ?
— Permets-moi de te prendre une dernière fois dans mes bras, Hyppolite.
Honoré serre son ami très fort.
— Ne sois pas ridicule, Eugène a raison, je sais bien que tu es un inverti.
Honoré embrasse Hyppolite sur la bouche.
— Tu bandes, partons d’ici.
Hyppolite pleure, il ramasse ses habits et s’éloigne lentement avec Honoré. Eugène sourit.
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