Scène de jour et de nuit

Rafaël Deville

le plan c’est – des allumettes craquées – de la fumée – décors à l’envers – elle était moi – pas à moi – on n’est à personne – sur la table – formica évidemment – ses mains sont les miennes – au-devant du vendeur de regards – les jeux avaient l’air de glaces – câbles-néons qui schisment la salle – dans le cône de lumière - c’est un rendez-vous en ligne – chacun dans son lit et les meurtriers – seront bien gardés – elle vous le dit encore une fois – j’ai découpé sa langue comme on peint des paysages – de façon simple et abstraite

c’est une image qui s’efforce d’affronter la véracité du langage

il l’ouvre pour dire – rien – et la ferme en pleurant – je l’ai tellement aimée – un corps pour deux c’est bien assez – un corps pour deux – ça suffit – les conséquences sur le papier – donnez – un café – un paquet – de quoi allumer – il reste bien sept heures avant la fin du sablier – le cuistot crie – c’est pas prêt – la serveuse écrase son mégot – dans la caisse – un gars tape sur son ordinateur – c’est une fille – et l’autre traverse la rue – réussit – rachète le reste – quel émerveillement cette semaine devant écran – plus d’encre ni de pellicule – de rage

    -      mortaliser l’instant
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