Réapparue

Jean-Ahmed Trendl

Il se tient droit.
Les yeux ouverts
Regardant à hauteur de visage.
Il ne fume pas
N’a pas de bière à la main
Il est près de la barrière
Mais ne la tient pas
Ne s’y appuie pas
Le casque est accroché à son cou
Il attend
Le bloc de béton armé est derrière lui.

Le brouillard remonte la rue. Le froid balaie
Les falaises résonnent
Mais rien ne se crie
Les paupières travaillent au ralenti
Aucun autre mouvement ne se fait
Les ongles sont coupés à moitié
L’haleine sort de la bouche malgré les dents serrées.

Un souvenir traverse la rue
Toujours rien ne se fait entendre
La pointe des cheveux commence à geler
La persistance transpire
Des lumières dorées le frôlent
Rien n’oscille
L’orange de sa veste effraie le vent
De l’eau sort du caniveau
La force secoue ses tripes.

Dans ses yeux tout tremble
Les oreilles restent éteintes
Les pieds ancrés
Il sent son odeur
Elle revient
Atteint ses narines
Ressort par les yeux
Avec une larme.

Elle est passée.
L’abandon plane sur les lèvres.
Un long sifflement traverse la tête.
Les paupières tombent.
Et elle rit.
Son visage envahit la rue, les falaises
Le béton, la barrière
Le sol et le ciel.
Et cette douce chaleur ne s’efface.
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