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Isadorah Minh Hongler

J’aurais aimé te raconter ce que j’ai fait aujourd’hui, te dessiner mes activités et aimanter sur ton frigo ces feuilles, où par des schémas appliqués, je t’aurais décrit de mes traits de crayon maladroits, les allées que j’ai visitées, les arbres ombragés qui m’ont protégée des rayons trop persistants du soleil hivernal de ce début d’année, raconté la température du jour, espérant que ta peau frissonne à son récit, résumé les livres que j’ai feuilletés distraitement dans les librairies où je suis entrée, suivant mes envies sautillantes (comme elles le sont toujours, tu les connais aussi peu que moi), et te redonner envie de découvrir des littératures exotiques, griffonné les contours de l’écouteur que je t’aurais déposé dans le creux de l’oreille pour partager les mélodies légères qui suffisent cependant à faire bouillonner mon cœur à jamais adolescent.
Puis, je suis allée au travail et j’ai renoncé à m’appliquer à cette tâche, distraite par les événements.
En rentrant du travail, je suis allée au supermarché, où j’ai acheté des saucisses et puis plus tard, une peluche qui s’est lovée contre moi comme un bébé qui ne cligne pas des yeux.
C’était une peluche girafe, idéale pour décorer mon lit, voilà ce que j’ai pensé.
Et toute la soirée, c’est à elle que j’ai parlé, c’est dans son oreille à elle que j’ai mis un écouteur – ma folie une fois avouée, ce n’est plus vraiment une folie ? – c’est ma peluche girafe qui a écouté avec moi cette mélodie d’amour, partageant au plus près de mon cœur ses battements. C’est aussi avec elle que j’ai regardé le journal télévisé, les terribles nouvelles qui emplissent les cimetières du monde. J’ai pleuré sur ses poils tachetés.
Avec elle, j’ai tout partagé.
Ou rien du tout.
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