La quittance ?

Florine de Torrenté

- « T’aimes bien ma robe ?
Oui, elle est jolie.
Elle me va bien, non ?
Elle te va très bien ! »

Une nouvelle épicerie a ouvert à deux minutes de chez moi. J’y ai fait un tour hier soir, voir s’ils y vendaient des compliments. Nada ! Ces conneries se trouvent nulle part. Pourtant ça se monnayerait bien ; le coût de production serait minime : juste quelques mots, certains écrits au stylo sur du papier recyclé, d’autres encore moins chers, pendus aux lèvres des vendeurs et délivrés comme ça, sur l’instant. C’est pas chérot et ça fait plaisir ! Bizarre que personne n’y ait jamais pensé. Même pas besoin d’en produire trente-six sortes, n’allez pas croire que les femmes sont si exigeantes. Oui, je tiens des propos genrés. Et alors ? Un petit Tu es belle ce matin pour 0.70 centimes, un Je suis si bien dans notre relation pour 0.90 centimes. Il y aurait même des particules à 0.20 centimes pièce, des ma chérie à rajouter ici ou là, comme une épice, en début de phrase pour attirer l’attention, en fin pour renforcer la certitude de l’affirmation. Ça nous suffirait, de savoir qu’on vous plaît. Trop bonnes trop connes ? Pas du tout, trop seules, trop fragiles, trop honnêtes. On sait bien que vous le pensez sans le dire, on serait déjà parties sinon. Alors laissez-moi vous dire ce que j’en pense : l’amour ne s’achète pas encore, mais ce n’est qu’une question de temps. Quelques problèmes administratifs à régler, un léger détail de monopole, des babioles. Je vous tiens au courant.


« Chéri ? Cette chemise te va très bien !
Ah ? Tu trouves ? Merci.
Oui, tu es trop beau. Elle est assortie à tes yeux et [...] »

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