Fribourg
, le 
01 août 2018

Matthieu Corpataux, invité de Syndicom

En août 2018, Matthieu Corpataux est l'invité du magazine Syndicom.

 

Il y a cinq ans, j’ai fait un constat : celui qui cherche à s’améliorer dans l’écriture n’a quasiment aucune possibilité de le faire. Il n’existait en effet aucune structure de critiques littéraires en Suisse romande (et au-delà non plus). J’ai créé L’Épître, revue littéraire gratuite en ligne (www.lepitre.ch) et sur papier, dans le but d’offrir, à tous ceux qui veulent progresser, un regard critique fort et neutre.

Pour éviter toute subjectivité, j’ai monté une équipe d’une dizaine de critiques compétents. Ainsi, chaque texte reçu est lu par au moins quatre personnes formées en littérature. C’est une masse de travail énorme et notre succès tend à ralentir notre efficacité. De plus, il est nécessaire de participer aux salons, d’organiser des rencontres, d’harponner presse, institutions et particuliers. Cela prend du temps et le secteur de la littérature génère, en Suisse, très peu d’argent ; le constat est sans appel : combien d’auteurs suisses vivants avez-vous lus cette année ?

Le modèle totalement gratuit n’est plus tenable. Un financement participatif (à l’été 2018) et des subventions servent à payer modestement nos critiques. Ils n’ont pas attendu un salaire pour livrer un travail professionnel d’excellence : mais avec plus de temps, ils peuvent reproduire leur effort plus souvent. Notre visibilité et notre légitimité permettent aujourd’hui la reconnais- sance – concrète – de leur qualité.

Nous ne changeons pas de philosophie : les auteurs continueront de recevoir gratuitement un retour pour les textes envoyés sur le site – c’est un espace d’expérimentation. Ils percevront des droits d’auteur pour la publication papier – c’est un espace d’excellence.
L’Épître a dû attendre cinq ans avant d’atteindre un modèle semi-professionnel. Le bénévolat provisoire en littérature, le prix à payer ?

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