Fribourg
, le 
20 décembre 2014

À marquer d'une page blanche

La LibertéEn décembre 2014, "La Liberté" consacrait une page entière de son magazine à la création, à Fribourg, des PLF, chez qui sont édités les volumes papier de "L'Épître".

 

D'aucuns disaient le monde du livre en perte de vitesse. Force est de constater que, dans ce coin de pays, il n'en est rien! Une nouvelle maison d'édition, que l'on appellera familièrement PLF pour Presses littéraires de Fribourg, vient de voir le jour. Réjouissante initiative qui, non sans raviver le souvenir de la Librairie de l'Université de Fribourg - ces prestigieuses L.U.F. qui ont porté haut l'étendard de la littérature entre 1935 et 1953 -, n'oublie pas de se forger une identité originale. Au point de glisserais textes dans une police de caractère créée spécialement par Lucas Giossi.

Modeste, cet assistant diplômé à l'Université de Fribourg n'en est pas moins fier de présenter les deux premières productions de ces PLF qu'il a portées sur les fonts baptismaux: les Écrits de fiction d'Adèle d'Affry, et un recueil de textes proposés par la revue en ligne L'Épître, dirigée par Matthieu Corpataux. Des ouvrages soignés, élégants, éclairant le patrimoine fribourgeois sans tomber dans le régionalisme. Voilà qui laisse augurer du meilleur. Interview.

 

Le canton comporte déjà plusieurs maisons d'édition de qualité. Pourquoi en créer une nouvelle aujourd'hui?

Lucas GiossiParce qu'il le fallait! C'est aussi le rôle de l'université que de mettre à disposition ses ressources et compétences pour valoriser la production artistique. Or il se trouve qu'à Fribourg, le Domaine français de l'université est porté par un dynamisme extraordinaire, dont j'ai voulu faire profiter la création littéraire. Il y a quelques éditeurs dans la région fribourgeoise qui fond de l'excellent travail, mais je crois qu'il reste malgré tout de la place pour mettre en évidence la littérature francophone.

 

Qu'allez-vous y publier?

Les PLF s'organisent autour de trois collections. Celle de création, dans laquelle s'inscrivent les deux premiers ouvrages que nous publions aujourd'hui, est ouverte aux auteurs contemporains d'ici et d'ailleurs, tous genres confondus. À l'autre extrémité du spectre littéraire, nous avons une collection purement scientifique, que nous prévoyons de proposer en format numérique, mais aussi en impression é la demande. Afin de minimiser les coûts, vu que le Fonds national de la recherche scientifique a restreint ses subventions pour les publications imprimées.

 

Et entre ces deux pôles, les "Réflexions"...

Oui, une collection d'essais créatifs, à mi-chemin entre la création pure et l'ouvrage scientifique traditionnel, qui vise à faire sortir la littérature du placard en quelque sorte. Il s'agit d'y faire découvrir ou redécouvrir les grands thèmes et auteurs de la littérature francophone sous un angle savant mais non scientifique. Une forme de "vulgarisation intelligente", portée par une verve romanesque. Des livres qui devraient pouvoir être "lus dans le bus", comme l'a imagé une collègue...

 

Ne craignez-vous pas qu'en vous maintenant dans le giron universitaire, vos éditions soient marquées du sceau de l'élitisme?

On travaille avec l'université, mais sans être dirigé par elle. Notre association est indépendante. Simplement, elle rassemble une vingtaine de professionnels de la littérature, issus de l'université, qui connaissent le milieu du livre et ont les compétences intellectuelles et techniques indispensables à un tel projet éditorial. Il est important pour nous, chercheurs qui étudions la littérature sur un plan scientifique, de montrer qu'on valorise aussi la création, qu'on ne travaille pas que sur des matériaux morts, mais bien sur de la matière vive!

 

Quelle est l'assise financière de vos éditions?

Nous recherchons actuellement des subventions pour un fonds initial qui, une fois réuni, nous permettra d'être autonomes. En tant qu'association à but non lucratif, tous nos bénéfices seront réinvestis dans les projets suivants, et comme notre structure indépendante se base sur l'engagement bénévole des collaborateurs, nous avons des coûts de production - et donc de ventre - très bas. Il nous suffit de vendre la moitié d'un tirage pour pouvoir le rentabiliser. Nous avons donc une grande liberté qui nous permet vraiment de mettre en évidence les auteurs. 

 

N'est-ce pas là une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des éditeurs de la place?

C'est un point qui nous questionne. Car, même si elle est inévitablement un objet de marché, la création littéraire ne devrait pas être conditionnée par des contraintes économiques. Nous ne souhaitons donc pas nous positionner en termes concurrentiels, mais en termes collaboratifs. Nos conditions financières nous permettent de prendre des risques différents sur de petits tirages (tirer un ouvrage de poésie à 50 exemplaire par exemple). Comme nous avons pour principe de ne pas "fixer" nos auteurs, notre démarche peut dès lors profiter aux autres éditeurs également. Ils pourraient en effet "tester" une oeuvre chez nous pour la rééditer chez eux en cas de succès.

 

Quel avenir pour les PLF?

La structure actuelle n'appelle pas de développement démesuré, car nous sommes tous bénévoles. Il n'est pas souhaitable que la structure se professionnalise, afin de ne pas tomber dans un impératif de type lucratif. On se limite pour l'instant à deux publications de création par année, et si cela fonctionne bien, on publiera plus!

 

Thierry Raboud 

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